Open mobile menu
Environnement

Bringme : une solution d’avenir ?

Notre mode de vie a fondamentalement changé au cours de ces 20 dernières années. Mais pour garantir la durabilité et alléger la pression sur la mobilité, bien d’autres choses devront encore être modifiées. Nous avons discuté avec le Maître Bâtisseur flamand Leo Van Broeck des développements les plus influents d’aujourd’hui et de demain. Et du rôle réservé à des initiatives telles que Bringme dans l’habitat 2.0.

Créer de l'espace plutôt que de l'occuper, tel est le credo de Leo Van Broeck. Si on l'en croit, c'est absolument nécessaire, du moins si nous voulons encore laisser quelque chose à nos enfants. Leo Van Broeck a été élu, le 1er septembre 2016, 'Maître Bâtisseur' flamand (l'institution existe depuis 20 ans et offre tous les 4 à 5 ans un mandat à un Maître Bâtisseur et une équipe fixe). Son rôle de Maître Bâtisseur, mais aussi son expérience de chef d'un bureau d'architectes et de professeur d'université, font de lui la personne idéale avec laquelle discuter des importants changements dans la construction et l'habitat. Tant aujourd'hui que demain.

Comment définiriez-vous le rôle de Maître Bâtisseur ?

Ce rôle comprend deux tâches principales. Premièrement, nous soutenons les administrations locales et les autorités communales. Ce soutien est particulièrement bienvenu dans les petites villes et villages. Par exemple, pour les aider à mettre sur pied un programme incluant les fonctions locales, l'élaboration du projet et le choix du bon concepteur. Deuxièmement, nous aidons les autorités à définir une vision relative à l'aménagement du territoire.

La mobilité et la durabilité sont des piliers importants de votre vision de l'avenir. À quoi ressemblera l'habitat 2.0 ?

Nous devons évoluer vers une société constituée d'une sélection de villes grandes et petites. Les villes et les grands villages existants vont se condenser. D'un côté, cela veut dire moins d'occupation au sol, et de l'autre, un allègement sur la pression de la mobilité. Passer son temps dans les embouteillages pour se rendre et revenir du travail, appartient désormais au passé. Au sein d'une ville dense, des initiatives comme Bringme sont une bonne chose. L'économie internet s'accroît très rapidement et par conséquent, la nombre de livraisons aussi. Si on peut alléger cette pression en groupant et en faisant livrer les commandes en ligne dans le Bringme Box, c'est un grand pas en avant. Les coursiers peuvent ainsi rassembler différentes livraisons et ne plus jamais trouver porte close. Ce qui veut dire moins de trajets et donc moins de CO2. Il est urgent de supprimer les gros camions qui roulent en ville à moitié vides, avec une petite quantité de colis à bord. Dans le même temps, je me pose aussi des questions concernant le prix peu élevé du transport. Quand je vois que d'une part, se faire livrer un colis depuis la Corée coûte si peu, alors que d'autre part, l'empreinte CO2 de ce transport est tellement importante… Par ailleurs, un centre logistique urbain de transbordement pourrait remplir un rôle auxiliaire important, un endroit vers lequel tous les grands transports par voie d'eau, trains et routes convergeraient et dont le chargement pourrait être transféré dans de petites camionnettes (électriques ?) de livraison qui pourraient ensuite pénétrer en ville.

Nous devons tous ensemble opter pour une société plus durable. L'écosystème terre dispose de suffisamment d'espace pour survivre. Notre vision est celle de 'L'espace pour l'Humain et la Nature'. Actuellement, les besoins humains sont rencontrés aux dépens des besoins de la nature. Il doit en aller autrement. Il faut littéralement faire de la place pour un nouveau modèle de société qui nous aide à produire de la qualité au lieu de consommer. Tout commence par une prise de conscience : nos choix quotidiens, nos courses par exemple, ont d'énormes conséquences sur le monde qui nous entoure. Des services comme Bringme peuvent contribuer à la transition vers plus de durabilité, par exemple en facilitant le recyclage commun par l'enlèvement des déchets spéciaux comme les piles et les lampes économiques.

Comment les villes peuvent-elles accroître leur attractivité ?

Par une offensive de charme, même si je dois reconnaître que de nombreuses villes le font déjà. La ville est devenue un événement. Les villes doivent se condenser mais également être des endroits où il fait bon vivre. Disposer de moins d'espace requiert des solutions créatives, comme passer d'un jardin standard à un jardin de toiture. C'est là qu'intervient l'urban convenience : pensons à des installations collectives comme des piscines, fitness, fermes urbaines et jardins partagés. Le Co-housing en fait également partie. Nous partageons des choses tout en conservant notre individualité. Le 'co' n'est pas une obligation en ce sens, non, c'est un service de soutien à l'habitat qui est présent dans le quartier. Vous ne devez pas y participer, mais vous pouvez le faire. L'intimité quand vous le souhaitez, et l'interaction quand vous le voulez. Grâce à l'économie de partage, investir ensemble dans des installations devient soudain nettement plus abordable. Cela vaut aussi pour une box de livraisons à domicile qui est toujours accessible et disponible pour qui en a besoin à ce moment-là. Ça soulage les gens.

Comment l'habitat innovant peut-il nous aider à atteindre ces objectifs ?

Nous devons dénoyauter. Cela semble dramatique, mais ce ne l'est pas. Ça veut surtout dire que nous devons créer des espaces ouverts au lieu de les éliminer. Les gens doivent pouvoir retrouver dans leur logement urbain tout ce qu'ils voudraient normalement avoir dans une grande maison isolée hors de la ville. Et plus encore. Il ne doit plus être question de se serrer la ceinture. L'habitat innovant est situé à proximité des transports publics, de l'école, du travail. Nous gagnons ainsi un temps précieux que nous ne passons plus dans les embouteillages. Nous devons retrouver l'essence de l'habitat : en Belgique, 70% des habitants vivent dans des lotissements, ce qui veut dire qu'on ne vit pas là où on travaille. Dans un lotissement, on dort. Toutes les autres activités, comme le travail et les sorties, se font ailleurs. Non, nous devons habiter, travailler et vivre dans un plus petit rayon autour d'un même endroit.

Comment Bringme peut-il aider à rendre la vie urbaine plus attractive ?

Je ne peux qu'applaudir une initiative qui sert le mieux vivre en ville. Celle-ci remplace en partie le concierge et veille à ce qu'habiter dans un logement collectif offre davantage de facilités et de possibilités que quand on vit seul. Elle cherche à donner une valeur ajoutée à l'économie d'échelle et rend donc l'habitat urbain plus attrayant. Car l'avenir sera urbain, ou ne sera pas. Les gens pensent qu'ils ne pourront bientôt plus faire des tas de choses, alors qu'en réalité, c'est l'inverse. Le changement est nécessaire, pour éviter que nous ne puissions plus faire certaines choses, c'est de cela qu'il s'agit.

Chez Bringme, nous pensons que chaque bâtiment aurait avantage à disposer de son propre centre logistique. En quoi est-ce une idée d'avenir ?

Je vois cela de manière encore plus large, je pense que cela concerne toute la logistique de l'habitat – y compris la logistique technique. Les habitants devraient pouvoir d'office ne plus se charger de choses comme l'entretien et les réparations. Le 'soulagement' du citoyen est de plus une bonne chose dans une société sur-stressée.